À mon arrivée au gymnase, malgré la dure journée de travail qui les attend, des jeunes filles courent et sautent déjà à gauche et à droite avec des cerceaux, tandis que d’autres écoutent attentivement les dernières directives du maître d'œuvre Motohashi. La brève cérémonie d’ouverture, qui commence à 9h30 tapant, se déroule dans une atmosphère très détendue, puis Motohashi entame la séance de formation en précisant d’emblée qu’il va nous révéler TOUS ses trucs et secrets, sans rien nous cacher. Il profite d’ailleurs de l’occasion pour décocher une petite flèche à tous ces entraîneurs qui connaissent toujours tous les exercices dont vous leur parlez... mais ne sont jamais foutus de les mettre en pratique avec leur équipe. Il insiste donc pour que nous nous efforcions d’appliquer ce que nous allons apprendre au cours de la journée.
En guise de prélude, Motohashi nous résume les grands principes qui guident, dans leur pratique, les entraîneurs et entraîneurs-adjoints du club Beavers. Il évoque la passion, précise qu’il n’existe pas de méthode unique et infaillible pour enseigner le volleyball, insiste sur l’importance d’offrir aux jeunes un rêve à réaliser, ajoute qu’il faut savoir mériter la confiance et le respect des parents des athlètes. Il nous parle aussi de qualités à développer chez les joueuses, à savoir : la compassion et la reconnaissance envers les coéquipières, qualités qui transpireront littéralement sur le terrain tout au long de cette journée de stage.


Tandis que les jeunes volleyeuses enchaînent avec une suite de courses, de sauts, de pas chassés et croisés, de pirouettes et de roulades, sans oublier la roue et la marche du lutteur de sumo, Mohotashi nous confie qu’il ne leur impose pas, ou très peu, d’exercices de musculation, puisque en eux-mêmes tous ces batifolages vigoureux font amplement travailler tous les muscles du corps. Il insiste sur l’aspect ludique des séances, précisant qu’il consacre presque exclusivement à la danse et aux jeux celles du samedi (les Beavers s’entraînent six jours par semaine). Du même trait, Hashimoto explique que s’il donne de petites punitions aux joueuses, il s’agit bien souvent de punitions à caractère ludique, non de véritables punitions corporelles. « Il n’y a plus de punitions corporelles au Japon pendant les entraînements, depuis une quinzaine d’années », précise-t-il, de toute évidence à mon intention.


Au fil des exercices consacrés aux gestes techniques, les stagiaires comprendront vite que les principes évoqués plus haut ne sont pas que des phrases vides de sens. Hashimoto commente avec passion et humour tous les aspects du jeu, notant à voix haute les efforts d’une telle, soulignant les progrès d’une autre, taquinant une troisième sur un petit défaut qu’elle tarde à corriger. Puis un autre petit secret nous est livré : Hashimoto divise certains exercices de contrôle de la balle en très courtes périodes (une minute, voire à peine 40 secondes) très intenses, suivies de 30 secondes de repos dont il profite pour prodiguer ses conseils, imposer des variations ou modifier le niveau de difficulté.

Il n’oublie pas non plus ses stagiaires attentifs, en soulignant de petits détails qui risqueraient de nous avoir échappé, tels que la position différente du pouce sur la balle selon qu’il s’agit d’une attaque directe ou d’une attaque latérale, ou encore l’importance d’attaquer avec le corps de biais par rapport au filet pour bien cacher son épaule (et son intention) à la contreuse adverse.

De leur côté, les jeunes filles s’encouragent à qui mieux mieux dans un véritable tintamarre, et Hashimoto, dès que l’intensité des cris diminue, impose littéralement la réjouissance collective à tout le groupe en rappelant l’importance de s’encourager sans cesse les unes les autres, de se soutenir dans l’échec comme dans l’effort, et de crier sa joie dans la réussite. Car elles réussissent ! Service smashé flottant (qu’elles maîtrisent déjà pas mal bien, contrairement au service smashé en puissance), exécution d’un smash ou d’une réception après avoir fait une roulade ou la roue, attaque rapide au centre, attaques combinées... On a parfois du mal à croire qu’il s’agit de jeunes filles âgées d’à peine 12 ans !

Pendant la pause du midi, l’entraîneur en chef des Beavers prend le temps de répondre longuement à la question technique d’un jeune entraîneur. Tandis que je dévore mon lunch à l’écart, assis sur un petit bout ensoleillé du plancher froid, je souris intérieurement à la vue de ce vétéran qui explique avec passion la « technique du ninja » pour corriger le positionnement des avant-bras en défensive.

L’après-midi est consacré à l’aspect « formation » (positions défensives et offensives), avec des explications détaillées sur l’importance d’adapter la position des joueuses sur le terrain suivant les caractéristiques de l’offensive adverse. Il nous parle alors de systèmes défensifs 1-2-3, 1-3-2 et 2-2-2, mettant chaque fois à l’épreuve les connaissances de ses joueuses : « L’attaquante en puissance de l’équipe adverse est en 3 ! » lance-t-il avant de courir jusqu’en 2 en criant « Attaque en 2, que faites-vous!? » et les jeunes filles se hâtent d’adopter la bonne position défensive... et gare à celle qui se sera mal placée faute d’avoir bien compris que la menace principale se trouve en 3 ! « L’attaquante en puissance est en 3 mais se déplace pour aller frapper en 4, que faites-vous !? » et Hashimoto de repartir de plus belle vers la position 4, pour y interroger les contreuses (faut-il contrer à deux ou à trois?) et vérifier la qualité de la couverture derrière elles.

Finalement, l’entraîneur en chef des Beavers sait aussi semer le « désordre calculé » dans les rangs de ses joueuses. Par exemple, il prendra la place d’une joueuse sur le terrain pour la réception du service et ratera volontairement sa manchette pour forcer une joueuse arrière à réparer « l’erreur » avec une passe attaquable aux ailes. Il sait aussi pousser les joueuses aux limites de l’impossible, comme lorsqu’elles doivent attaquer une première balle, faire la roue puis attaquer une deuxième balle, ou lancer la balle très haut, faire une roulade, rattraper la balle en manchette pour l’envoyer à la passeuse... puis attaquer. Alors que le stage tire à sa fin, il nous confie avec le sourire « Les jeunes sont capables de choses bien plus difficiles que ce que nous croyons généralement ». Les entraîneurs aussi, me suis-je dit en révisant mes notes dans le train du retour.
